Anna-Helena Kummerli

L’HISTOIRE D’UNE PASSION / Canyon de Chelly

Canyon del Muerto et Canyon de Chelly

En partant de Bluff, on passe sur la San Juan River et continue en direction de Mexican Water et ensuite Round Rock. Le paysage est très beau. De temps en temps un rocher rouge découpé avec une forme marrante ou qui abrite une sorte de cave. Il y a également 2 rochers qui forment une statuette comme “les mains de Duerer”. J’ai toujours énormément de plaisir à passer dans cette région, bien que la route de Kayenta à Chinle soit belle aussi. D’ailleurs, un jour, j’ai vécu une petite aventure sur cette autre route. J’étais avec deux personnes du village de Cully sur les bords du lac Léman. Le voyage avait commencé à San Francisco 2 semaines auparavant. Notre but était le Canyon de Chelly. La route était toute neuve, pas la moindre petite inégalité ou bosse, mais elle était limitée, malgré tout, a 55 miles à l’heure et je roulais trop vite. Tout d’un coup venait, dans l’autre sens, une voiture de police...je ralentis....la voiture tourne juste après m’avoir croisé et met les “feux”, ainsi que les sirènes. Dans un cas pareil, il vaut mieux s’arrêter bien vite, car les flics ne badinent pas. Je savais que j’étais en faute et je restais, avec mes mains bien sur le volant. Arrivé, à la hauteur de ma fenêtre, un policier Navajo d’une grande beauté. Les Indiens sont souvent petits, un peu trapu, si ce n’est pas gros et pas vraiment des Apollos, mais celui-là! Ouauh - Mamma mia! Il me demande mes papiers, les contrôle, appelle à la radio etc....et finalement me fait simplement la leçon très sérieusement, sans le moindre sourire. Le client assis côté de moi me demande, s’il ne peut pas faire une photo de ce beau gaillard, mais....je n’ose franchement pas demander. Ce n’était, je crois, pas le moment pour tourner un film ou virer dans les souvenirs. Donc, nous avions le droit de repartir, mais sans faire d’erreur. Depuis ce jour-là, chaque fois que je passe dans la région et que je vois une voiture de police, je guette pour voir mon “homme de rêve indien”. De temps en temps, je suis même tentée de faire un petit excès de vitesse, pour me faire stopper, mais.....si c’est un autre qui m’arrête, a quoi bon? Je ne l’ai plus jamais revu, mais jamais oublie! On peut toujours rêver, non?

 

En arrivant à Chinle, une assez grande ville entièrement indienne, on est franchement déçu, car tout y est triste et assez sale et encore ces dernières années, la ville s’est un peu améliorée. Je fais souvent quelques courses dans le supermarché de la ville, pour me ravitailler en eau, fruits etc...pour nos nombreux pique-niques. C’est assez triste de voir comment les Indiens se sont “américanisés” et pas dans le bon sens. C’est bizarre, comme les peuples prennent toujours les mauvaises habitudes du “Blanc”, mais pas les bonnes et positives. Je l’ai déjà constaté en vivant pendant quelques années en Afrique. Dommage!

 

La première fois que je suis venue à Chinle et que Carmen et moi avons fait des courses au supermarché, une toute petite, belle et vielle Indienne m’a suivi sans arrêt. A l’époque, les touristes étaient encore rares dans le pays Navajo. Comme j’étais très bronzée et que mes cheveux étaient devenue blond-paille par le soleil, j’ai du être une nouveauté pour cette belle femme. Nous nous sommes regardées et avons simplement souri. Cette première rencontre ne m’est jamais sortie de la tête et je la vois encore devant moi.

Les premières années que je venais à Chelly, j’habitais toujours au Thunderbird-Lodge, directement à l’entrée du Canyon. C’est un endroit merveilleux et les chambres sont très belles. Malheureusement, cet hôtel est géré d’une façon nonchalante et on est jamais reçu avec un sourire, non, au contraire, on a l’air de les ennuyer. Lors d’une de mes nombreuses réservations téléphoniques. 3-4 mois à l’avance, pour obtenir 4 chambres à une saison pas très fréquentée, on m’a répondu que tout était plein. Je suis restée bouche bée! Donc, je téléphone à l’autre hôtel, tout aussi bien et juste un tout petit peu plus loin. Etant bien reçue et servie d’une façon efficace, je suis devenue une cliente fidele de cet endroit. Finalement, en arrivant à la date prévu, j’ai vu que dans le premier hôtel, il n’y avait pratiquement pas de voitures et la curiosité m’a fait entrer à la réception pour demander des chambres. Tout était libre! Il parait, qu’ils avaient eu beaucoup d’annulations. Ça c’est malheureusement l’inefficacité indienne souvent observée. Le jour de mon téléphone la réceptionniste avait tout simplement la flemme de regarder. Dommage, mais étant tout à fait satisfaite de l’autre hôtel, je lui reste maintenant fidele.

 

Le Canyon de Chelly est un endroit bien spéciale, bien différent des autres canyon et il devient souvent un des préfères de mes clients/amis. Tout d’abord, on est sur un plateau à 2000-2200 mètres et on regarde dans le canyon. Il est toujours habité par les Navajos et le touriste n’a pas le droit d’y entrer, sans être accompagne par un guide indiens. Ils font juste une exception pour le chemin du “White House”.

 

Je crois qu’il faut commencer la visite du Canyon de Chelly par la vue du “Spider-Rock” (le rocher-araignée) qui est certainement une des plus belles. La Spider-Woman, dans la mythologie indienne, a appris aux Indiens l’art de tisser. C’est un “personnage sacré”. N’oubliez pas de lire le “chant de nuit” (prière navajo) inscrit en navajo et en anglais sur une planche de cette vue. C’est simple et c’est beau! “I am really an Earth child”! Chaque fois, quand je le lis et quand je le traduis à mes clients, j’ai la gorge nouée, car ce chant de nuit touche mon âme. En dessous de nous, la vallée et la rivière qui serpente doucement. Il y a les cotton-wood, les trembles et les oliviers russes qui donnent à cette vallée une couleur d’une douceur exceptionnelle. Au printemps et été ce sont les couleurs verts pale à vert plus intense qui priment et ensuite en automne, tout devient or! Avec les rochers rouges aux trainées noires qui encadrent la vallée, c’est franchement un endroit magique. Je crois que toutes les personnes que j’ai amené ici, ont aime ce canyon. Il est fort et puissant, donc, (comme je dis toujours - un canyon masculin), mais la couleur de la végétation, les champs cultivés ou en cachère, lui donnent un aspect humain et paisible. De temps en temps une maison ou un petit troupeau de moutons et de chèvres - un cheval qui court - 2-3 vaches. Une vie simple, mais une bonne vie. Au siècle passè, il y avait aussi des pêchers, mais lors de l’arrivée de l’armée, les soldats, pour faire soumettre les Indiens, ont coupé et brulé aussi bien les champs de mais, de courge et les pêchers. C’est une page noire de l’Amérique, mais....aujourd’hui, le coin appartient de nouveau aux Indiens et nul homme blanc ne peut y habiter.

 

Un jour, toujours avec mes amies lausannoises qui aiment faire du cheval, nous avons engagé un guide, Justin, et des chevaux. Dommage, les chevaux étaient franchement des bêtes à touristes et n’obéissaient qu’à un seul maitre, Justin. Sinon, la promenade dans la vallée, souvent dans le lit de la rivière, était formidable. Nous avons découvert plein de pétroglyphes, de maison troglodytes et d’autres richesses. Je préfère me promener à cheval que dans un “char à touristes”, en écoutant un discours mille fois répétés, mais je suis un peu une sauvage. Au retour, c’était autour de midi, Justin m’a proposé une gorgée de whisky et comme je n’aime pas ça, une gorgée de gin. Il avait ces deux bouteilles dans les poches de sa veste, dans le pays indien, où l’alcool est interdit!! Comme il me disait, les lois sont faites pour être détournées. Souvent vrai, malheureusement.

 

Ne ratez pas une occasion de faire la belle petite promenade à la “Maison Blanche”. Le chemin descend gentiment jusqu’à la rivière que vous traversez pour aller à la découverte de cette maison. La première fois que j’ai fait cette marche avec Carmen, il n’y avait pas de pont, mais il fallait retrousser ces pantalons, enlever ses chaussures et passer dans l’eau, en cherchant l’endroit le plus propice. Tout d’abord, en nous approchons de la rivière, nous avons vu un merveilleux coyote s’abreuver et sommes restées à l’écart. D’un côté nous voulions bien l’observer, mais de l’autre nous avions franchement la trouille de la bête sauvage! Lui, s’il nous avait vu, aurait certainement encore eu plus peur. Ensuite, j’ai enlevé mes chaussures et je cherchais le passage dans la rivière. Il n’y avait certainement qu’un seul trou, mais je l’ai trouvé. Je m’étale de tout mon long dans l’eau agréablement tiède, ce qui était surprenant, car nous étions fin février. Ma fille était affolée, car je n’arrivais pas à me relever. Non pas parce que j’étais blessée, mais tout simplement parce que j’étais pliée de rire. Un vrai fou-rire! Il faut dire qu’il n’y a que moi pour prendre un bain dans la rivière de Chelly, alors que nous avions payé une chambre d’hôtel avec salle de bain. Bon, mais maintenant, il fallait bien sortir de ce mauvais pas et je ne pouvais pas trop garder mes habits détrempés. Comme ma fille est une grande frileuse et qu’elle a toujours plusieurs couches d’habits sur elle, elle a enlevé son jeans et me l’a passé. La blouse en voile que je portais a séchée pendant notre visite de la White-House. Carmen portait un merveilleux collant violet pour faire le reste de la marche. Nous avions vraiment la coupe! La White-House est appelé ainsi, parce qu’exceptionnellement, la majeure partie de la construction est faite de roches blanches, alors que dans les alentours, le rouge domine très nettement. C’est une belle ruine en deux parties, surplombée par une paroi de roche impressionnante. Dans la journée, il y a pas mal de vendeurs indiens à nous proposer leurs bijoux et autres souvenirs, mais j’ai mes “vieilles copines” dans le Canyon del Muerto à qui je dois acheter mes petits cadeaux. Justement, après cette belle marche, un petit déjeuner/lunch à la cafeteria du parc est en principe le bienvenu. Personnellement, j’adore le Navajo-taco et je vous conseille d’essayer, si un jour vous passez par là. C’est un plat que l’on mange également à d’autres endroits, mais jusqu’à présent, c’est le mieux à mon gout que j’ai pu trouver. La recette? Fry-bred - salade - haricots - tomates - viande hachée - fromage râpé - et piment! C’est sain et ca nourrit bien après un bain dans la rivière!

 

Le Canyon del Muerto est l’autre partie du Canyon de Chelly et il y a 3, respectivement 6 “vues” importantes. Quand je viens de Bluff, je commence par ce côté et je vais tout de suite aux “Mummy’s Cave et Massacre-Cave”. Le premier nom vient de deux momies que l’on y a trouvé et le 2ème du sacrifie d’une femme Navajo pendant la guerre espagnole/mexicaine-indienne. Les visions sur la vallée sont belles et les petites promenades qui y mènent faciles et agréables. J’adore marcher sur ces roches colorées et sur lesquels on ne glisse pas. Il y a plein d’endroit pour de bons pique-nique, aussi bien, en trouvant de l’ombre quand il fait bien chaud, ou alors en s’abritant du vent pendant les mois d’hiver. La seule chose à observer: ne vous éloignez pas trop du chemin, car n’oubliez pas que nous sommes en pays indien et nous ne voulons pas jouer les conquérants, non? A un des endroits à visiter, il y a mes “copines”. Ce sont plusieurs sœurs navajos, plus de la première jeunesse, mais probablement un peu de mon âge, mais toujours souriantes, ce qui n’est pas toujours le cas avec les Indiens. J’ai fait plus amples connaissance un jour de grand froid et a l’approche d’une tempête de neige. J’étais avec Monique, le fameux jour où Monument Valley avait disparu dans le brouillard. Dans la matinée, on visitait donc le Canyon del Muerto. Il avait déjà neigé la nuit et le ciel ne s’arrangeait pas vraiment. A une des vues, deux dames, les vendeuses de babioles faites par elles-mêmes, étaient stoïquement installées, en attendant, qu’un de leur proche veuille bien venir les reprendre en voiture, car la grande route et leur maison étaient bien à 3-4 kilomètres. Les nuages étaient de plus en plus gris et il recommençait a neiger. A cette altitude (passé 2000 mètres), il fait vite froid, spécialement quand il y a du vent. Finalement, nous leur proposons de les ramener avec leur attirail de vente ce qu’elles acceptent volontiers. On les amène jusqu’à l’entrée du village, car elles ne voulaient peut-être pas que l’on voit où elles habitent. Depuis, j’ai fait connaissance avec toute la famille: la grande sœur, la petite, la moyenne, le neveu, un des maris et quand je passe dans le coin, je leur achète mes petits souvenirs à offrir. Il y a les colliers de graines de junipers pour garder les bons esprits dans la maison ou voiture...il y a les “dream-catcher” pour garder les bons rêves et chasser les autres..etc.. Un jour, à court de ressources et aussi d’idées, je leur dis que je ne pouvais plus acheter et une d’elle m’a simplement répondu: “Mais ça ne fait rien, tu nous ramèneras un jour à la maison”! Depuis, je suis devenue un peu le chauffeur du coin, mais ça me fait chaque fois plaisir de les retrouver et d’apprendre les dernières nouvelles de la grande famille. Malheureusement, lors de mon dernier passage, elles n’étaient plus là et en demandant une autre personne, où elles étaient, on m’a répondu : à la maison, car elles sont trop vieilles maintenant. Dommage....de les revoir à chacun de mes passages étaient sympa.

Maintenant, pourquoi ne pas aller au Nouveau Mexique, mais avant, il faut quand-même que je vous parle du Grand Canyon et le Grand Canyon vaut un livre à lui tout seul.

 

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Published on e-Stories.org on 07.02.2020.

 

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